Aller au contenu principal

Starlight

mai 21, 2012

Mon arrivée a Jamam…

C’est une histoire très simple, pour une arrivée dans un lieu moins simple.

Avant de commencer, une anecdote que j’avais oubliée. Le ministère de la sante utilise des sms pour informer la population de dangers potentiels (épidémies,…). La semaine dernière, j’ai reçu deux messages me demandant de me signaler aux autorités si des vers blancs sortaient de mon corps. Apres un rapide check, je n’ai pas trouve de vers blanc sur ma peau. De toute façon, en quoi ca les regarde? Apres renseignement, j’ai cru comprendre qu’il s’agit d’un début d’épidémie de gale mais a priori je ne suis pas concerne.

Donc mon départ pour Jamam. Je voyage avec le nouveau camp manager pour Jamam, un gars super sympa qui a bosse pendant des années pour MSF. Samedi matin, je prends un avion pour Malakal, troisième ville du pays, situe au nord du Sud-Soudan. Arrivée à l’aéroport, un bâtiment crade et pas super impressionnant dans Juba. Un premier scan a l’entrée entraine le début de notre chemin de croix. Leur super scan a détecte des dollars dans ma poche. Nous devons en effet amener des l’argent pour nos collègues dans le camp. Donc paf on est pris la main dans le sac et le garde nous entraine dans un mini bureau de 2 m carre dans le bâtiment. Nous n’avons pas tous les documents nécessaires pour transporter de l’argent et une longue négociation commence. Pendant ce temps, plusieurs employés viennent pointer pour leur arrivée au boulot, résultat, on se retrouve à 5-6 avec nos gros sacs dans ce mini bureau ou il fait étouffant. On perd la bataille et on appelé un collègue pour qu’il vienne récupérer l’argent.

Ensuite, direction confirmation de notre vol. Tout se passe relativement bien, bcp de discussion pour peu de choses mais cela fait parti du charme du pays. On pèse nos bagages, on discute, on discute, on discute, on rentre dans le terminal (50 m carre), on s’apprête à partir et la, paf on se rend compte qu’on a perdu un rouleau avec des cartes juste avant de monter dans l’avion. On discute avec les gens et après quelques négociations je retourne dans le hall et je cherche ma carte. Heureusement elle trainait dans l’aéroport mais tout l’avion (un petit avion de 50 personnes) m’attendait, bref je ne suis pas le gars le plus populaire du monde a ce moment la.

Petit vol sans histoires, je m’offre des pringles (made in Belgium) et une sieste. Arrivée à Malakal, troisieme ville du pays avec le plus bel aéroport du pays. Des hélicoptères et avion UN partout, on discute on discute et je me rends compte que je dois prendre un petit avion qui m’emmènera prés de Jamam. J’embarque donc dans un Cessna avec 10 places + deux pilotes. Nous sommes 6 passagers et les règles de sécu se font par le pilote qui hurle pour se faire entendre. Le vol doit durer une heure et je suis super content de prendre un petit avion. On est secoue dans tous les sens, c’est comme une 2CV volante et donc chouette. Par contre, a l’arrivée a Bunj (autre camp prés de Jamam avec piste d’atterrissage en terre) on découvre un hélico des casques bleus en plein sur la piste. On fait quelques tours en l’air, les pilotes discutent par radio mais rien n’y fait, ils ne veulent pas bouger, donc direction Malakal, retour pendant une heure. Ce vol n’a servi à rien mais m’a permis de voir la région depuis le ciel. C’est très joli, avec une alternance de terre noire, argile qui n’absorbe pas l’eau et qui fait que tout est inonde, et de sable jaune. Je m’imagine Yann Arthus Bertrand prenant ses photos de la Terre vue du ciel.

Donc retour a Malakal puis départ en voiture pour Jamam. Trois heures de route pleines de bosses mais j’arrive à dormir. Quelques kilomètres sont en macadam, la ou les camions pour la compagnie pétrolière doivent passer. On voit des pompes qui extraient du pétrole, tout est nickel, un peu surréaliste vu l’environnement. Puis l’arrivée a Jamam…

Les tentes UNHCR qu’on voit a la télé,  des gens partout qui me regardent dans mon 4×4, notre compound, les autres ONG…

Quatre ONG sont présentes a Jamam: ACTED, Oxfam (eau et latrines), INTERSOS (écoles) et MSF Belgique (médical, sans blague). L’UNHCR est également la mais leur équipe est malheureusement trop limitée. En gros toutes les ONG subissent un peu la situation à part MSF qui est une machine de guerre. Comme partout ce sont les mieux organises et ceux qui ont beaucoup de moyens.

Je dors dans un Tukul, sorte de case traditionnelle. Les gens dormaient sous tente jusqu’a la vieille de mon arrivée. ACTED a décide de construire traditionnel et local et c’est très réussi. Nous sommes deux par Tukul, et je ne manque de rien. Le samedi soir de mon arrivée, petite virée chez Oxfam en face, un bon début. Des le lendemain, je vais visiter le camp pour pouvoir me repérer de façon basique. On prend quelques coordonnées GPS pour construire une carte du camp et des villages. Tous les refugies (+-35000) sont des Ingasanas. Ils viennent du Blue Nile, état situe au Soudan qui souhaite devenir indépendant. Du coup, pour appuyer leurs arguments ils se battent contre Khartoum. Avant l’indépendance du Sud-Soudan ils combattaient aux cotes de la SPLA (ils se font d’ailleurs appeler SPLA-Nord) suivant la logique « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Depuis l’indépendance, Juba les soutiens officieusement pour plomber l’ambiance au Soudan (idem dans l’autre sens) avec des milices soutenues par Khartoum. Beaucoup de combattants sont dans le camp et viennent ici en vacances pour voir leur famille. La SPLA-N recrute d’ailleurs dans le camp, ce qui est un problème parce que certains recrutements sont forces. Ne vous imaginez pas des déchirements comme on voit dans les films avec des enfants arraches a leur mère, il s’agit surtout d’anciens combattants qui ne veulent plus repartir mais qui sont quelque peu force d’y retourner.

Les Ingasanas sont organises de façon assez traditionnelle, avec un Nazir (roi) a leur tète, une dizaine de Umdas (gouverneurs) en dessous puis un Sheikh (bourgmestre) a la tète de chaque village. Je n’ai pas compris sur quoi se basait la sélection, en tout cas pas toujours sur l’intelligence ou l’efficacité. Heureusement le Nazir et les Umdas sont en général très biens. Le camp compte environ 65 villages repartis en sous tribus (Soda-Nord, Soda-Sud, Magaja,…).

Mon job depuis quelques jours est de répertorier toutes les tentes déjà distribuées et montées. Ca n’a pas été fait lors de la distribution, donc on le fait maintenant. Le but est de numéroter chaque tente pour savoir qui habite ou dans le camp. Ce n’est pas hyper challenging d’un point de vue intellectuel, même pas du tout mais d’ici quelques jours ca devrait être fini, enfin on espère. C’est par contre très intéressant d’un point de vue humain. Je dois gérer ou faire semblant de gérer 20-25 personnes et je me balade toute la journée dans le camp. Les gens sont très sympas mais mon arabe étant ce qu’il est, les contacts sont assez limites. J’essaye d’apprendre l’arabe mais comme je n’arrive pas à lire les caractères, ce n’est pas évident.

Depuis trois jours, on a appris que plus de 20000 refugies ont franchi la frontière et se dirigent vers Jamam. Le problème est qu’on arrive à peine à gérer les 35000 personnes qui sont déjà la donc on ne sait pas très bien comment ca va se passer. On devrait les relocaliser dans un autre camp. De plus, il y a un grand problème d’eau pour le moment à Jamam. On n’a pas du tout assez d’eau pour couvrir tous les besoins des gens et la situation ne va pas s’améliorer avec les nouveaux arrivants. Ce manque d’eau combine a un manque de latrines (Oxfam en construit mais ca prend du temps) et d’autres raisons que j’ai oublie fait qu’il y actuellement prés de 80% de chance qu’une épidémie de cholera commence. Comme il faut beaucoup d’eau pour traiter le cholera et qu’on n’en a pas, tout le monde panique un peu des conséquences d’une telle épidémie. Les plus alarmistes parlent de pleins de gens qui vont mourir. Je dois avouer que je ne me rends pas vraiment compte de ce risque ni des éventuels décès que ca pourrait amener. Je n’ai pour le moment aucun recul ni expérience par rapport a une telle situation. On espère évidemment tous que ca n’arrivera pas mais on ne contrôle malheureusement pas tout, loin de la.

Je vais en rester la pour le moment, j’ai encore énormément d’autres choses à raconter mais ca sera pour plus tard, il est 22h et je vais enfin pouvoir aller dormir avant 23h depuis des semaines.

Bonne soirée ou journée, que tout aille bien de votre cote.

SI vous voulez plus d’infos sur Jamam, vous pouvez aller voir le site web d’ACTED (www.ACTED.org) ou des autres ONG presentes pour une autre vision.

From → Uncategorized

5 commentaires
  1. savina permalink

    passionnant, mais comment faites vous pour nourrir 35 000 personnes quand vous êtes au milieu de nulle part ?
    Tes réfugiés venus du nord sont des musulmans ? et le village de Jamam je parle de celui existant avant l’arrivée des 35 000, est Chrétien ?

    j’espère que tu n’attraperas pas le choléra …
    Continue à nous donner des nouvelles !!

  2. Myriam et Jean-Pierre permalink

    Ton blog nous passionne, Jean-Pierre et moi ! Et nous sommes très fiers de toi ! Donne encore de tes nouvelles s’il te plait : on tient à mes neveux… très fort !

  3. Jean-Pierre permalink

    Salut Savina,
    En principe, les réfugiés venus du nord du Sud Soudan, soit du sud du Nord Soudan, sont ou chrétiens (à la mode éthiopienne ou encore plus baroque) ou animistes et c’est pour cette raison qu’ils fuient plutôt le nord du Nord Soudan qui est musulman. En fait, la ligne séparant les deux groupes est assez mouvante. L’ouest du Nord Soudan (Darfour et plus vers le centre) n’est pas non plus musulman (Info reçues d’un ami qui est aussi un spécialiste de la logistique mais qui travaille plutôt pour les ports. Je pense qu’il a travaillé un temps pour le Soudan, longtemps avant la partition)

  4. Jean-Pierre permalink

    Dis-moi, Cédric, je t’ai lu parler de 500 sacs de ciment et dans la vidéo proposée par lalat, je vois un gars qui mélange consciencieusement une brouettée de je ne sais quoi !
    Vous n’avez pas songé à construire en « béton d’argile » (l’argile ne semble pas manquer selon ce que tu écrivais) : c’est une technique qui met en œuvre de l’argile mélangée à un peu de stabilisant (paille ou sable) et est très comprimée. C’est solide si on entretien bien, excellent isotherme et surtout évite de devoir importer du ciment et le transporter à grands frais : gain économique, environnemental outre que ça donne plus de travail aux gens du coin et que ça valorise leurs propres connaissances et techniques.

Répondre à Myriam et Jean-Pierre Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :