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Take it all

Oui ca fait longtemps, mais c’était uniquement pour mieux se retrouver. L’autodérision étant pour moi un signe d’intelligence, je me permets de vous faire part de mon génie en vous conseillant le lien suivant. Il s’agit d’un blog tenu par des expat aid workers (ca ne s’invente pas), assez drôle.

Mon séjour à Jamam se passe toujours très bien. Je fais un peu de tout, ce qui est très intéressant. Les trois derniers jours, nous avons déplacé plus de 10000 refugies qui étaient arrives du Soudan vers un nouveau camp pas loin de Jamam, Batil. C’est assez incroyable de participer à ces mouvements de foules. Vu qu’en plus les gens n’ont pratiquement rien, on voit des situations assez extrêmes. Du coup, paf les journalistes sont la. Channel 4 et des photographes indépendants qui cherchent à prendre la photo qui lancera leur carrière. Personnellement, je les trouve assez envahissant, puis comme toute presse c’est plus ou moins des mises en scène ou on cherche le/la personne la plus misérable. C’est évidemment important de témoigner et c’est évident que les gens veulent voir du sensationnel mais ca reste bizarre. C’est typiquement le genre d’image qui sera utilisée dans les campagnes de récolte de fonds. Donc si vous voyez mon dos dans un t-shirt ACTED portant un enfant avec une infection aux yeux sur une enveloppe contenant un bulletin de versement, vous savez d’où ca vient.

J’ai également participe à des distributions de nourriture du Programme Alimentaire Mondial (PAM, WFP in English). C’est assez bizarre de donner de la nourriture aux gens. Une question que beaucoup de gens se posent en travaillant dans ce milieu est ce qui se passerait si on n’était pas la. Je pense honnêtement que ca ne changerait pas grand-chose. Il y a aurait probablement un petit peu plus de morts, mais la majorité ont déjà survécu a tellement de problèmes qu’ils continueront à survivre. Cela peut paraitre extrême mais ca permet de ne pas se sentir indispensable, ce qui n’est jamais une bonne chose. Un exemple est que la nourriture que nous distribuons est en partie vendue par les refugies. Bien que ca soit interdit, on voit des petits magasins (le sac de distribution avec un peut de Sorghum ou de lentilles que nous venons de distribuer deux heures avant). Ils mangent très peu et boivent très peu mais revendent la nourriture pour s’acheter d’autres biens. MSF s’obstine à les faire boire mais ca ne réussit pas trop. Il faut dire qu’ils ont eu l’habitude de vivre avec peu pendant longtemps et qu’ils ont d’autres habitudes alimentaires. Lors de la distribution, nous donnons du Sorghum (blé local) ou de blé comme en Europe, des lentilles et de l’huile (de palme, pas terrible). Une bonne partie est donnée par USAID, donc je distribue des milliers de sacs avec le Stars and Stripes suivi de la phrase « Gift of the American People, not to be sold or exchanged ». Dans le stock WFP, j’ai trouve une pate énergétique pour nourrissons donnes par la Belgique ! Nous sommes plus modestes, il y a juste un petit autocollant mentionnant le contenu puis en petit « Gift of Belgium ». Ca a l’air atroce a manger, mais c’est vous qui offrez donc je ferai un effort et je gouterai des que possible. J’ai goute le BP5, les biscuits énergétique d’MSF, ce n’est pas très bon mais c’est vrai que ca nourri.

Sinon nous avons également accueillis des scorpions dans le compound. Ils se sont invites tout seuls mais c’est assez contraignant parce que nous devons mettre des chaussures tout le temps du coup. Apparemment les morsures ne sont pas trop graves mais ca fait très mal. Les serpents par contre c’est plus dangereux, deux enfants sont morts il y a deux semaines suite a des morsures de serpents dans leur lit. Pour le moment rien a signaler dans mon Tukul.

J’ai également réussi a prendre une demi journée de congé il y a deux semaines, je voulais lire un peu mais je me suis endormi sur mon lit, donc pas de bol, j’ai passe mon congé a dormir. Nous avons également improvise une petite fête avec les staffs nationaux et nos amis des autres ONG. C’était assez sympa sauf que nous avons bu de la Heineken et que je trouvais ca bon, ce qui est un peu triste.

Sinon tout se passe bien, la vie continue, je suis toujours vivant et content, j’apprends plein de choses, la Belgique me manque pour certaines choses, moins pour d’autres. Vous me manquez aussi, je serai très content de rentrer en octobre et de tous vous revoir. Je ne sais pas exactement ou je passerai les prochains mois, plus que probablement a Jamam. La route vers Malakal (ville la plus proche) est coupe et ne sera probablement plus rétablie avant septembre mais nous avons toujours des petits avions pour nous sortir d’ici. On nous parle d’hélicoptères. Pour le moment nous avons eu trois arrivées d’hélicoptères, chaque fois avec du matériel pour les refugies (savon, biscuits, et la pate nationale). Je me suis retrouve a décharger un hélicoptère du WFP qui était en fait un ancien hélicoptère de l’armée russe pilotée par des russes qui ne parlaient presque pas anglais et qui faisaient pleins de photos des blancs et des refugies en train de décharger le savon. J’ai quand même réussi à discuter deux minutes avec les pilotes. Pour info, ils consomment 700 litres de kérosène à l’heure et ont une capacité de 3-4 tonnes. Pour terminer, je me permets de critiquer une dernière fois les UN (sport favori dans toutes le ONG). Ils font venir des tentes pour les refugies et d’autres matériels par avion de Nairobi vers un aéroport prive assez proche (appartient a Petrodar, compagnie pétrolière active dans le coin, il y a plein de pétrole sous mes pieds). Lors du dernier vol, ils ont fait venir des sacs de gravier. Plusieurs sacs se sont déchires ce qui fait qu’il y avait du gravier partout dans l’avion. On attend le sable et le ciment en hélicoptère.

Starlight

Mon arrivée a Jamam…

C’est une histoire très simple, pour une arrivée dans un lieu moins simple.

Avant de commencer, une anecdote que j’avais oubliée. Le ministère de la sante utilise des sms pour informer la population de dangers potentiels (épidémies,…). La semaine dernière, j’ai reçu deux messages me demandant de me signaler aux autorités si des vers blancs sortaient de mon corps. Apres un rapide check, je n’ai pas trouve de vers blanc sur ma peau. De toute façon, en quoi ca les regarde? Apres renseignement, j’ai cru comprendre qu’il s’agit d’un début d’épidémie de gale mais a priori je ne suis pas concerne.

Donc mon départ pour Jamam. Je voyage avec le nouveau camp manager pour Jamam, un gars super sympa qui a bosse pendant des années pour MSF. Samedi matin, je prends un avion pour Malakal, troisième ville du pays, situe au nord du Sud-Soudan. Arrivée à l’aéroport, un bâtiment crade et pas super impressionnant dans Juba. Un premier scan a l’entrée entraine le début de notre chemin de croix. Leur super scan a détecte des dollars dans ma poche. Nous devons en effet amener des l’argent pour nos collègues dans le camp. Donc paf on est pris la main dans le sac et le garde nous entraine dans un mini bureau de 2 m carre dans le bâtiment. Nous n’avons pas tous les documents nécessaires pour transporter de l’argent et une longue négociation commence. Pendant ce temps, plusieurs employés viennent pointer pour leur arrivée au boulot, résultat, on se retrouve à 5-6 avec nos gros sacs dans ce mini bureau ou il fait étouffant. On perd la bataille et on appelé un collègue pour qu’il vienne récupérer l’argent.

Ensuite, direction confirmation de notre vol. Tout se passe relativement bien, bcp de discussion pour peu de choses mais cela fait parti du charme du pays. On pèse nos bagages, on discute, on discute, on discute, on rentre dans le terminal (50 m carre), on s’apprête à partir et la, paf on se rend compte qu’on a perdu un rouleau avec des cartes juste avant de monter dans l’avion. On discute avec les gens et après quelques négociations je retourne dans le hall et je cherche ma carte. Heureusement elle trainait dans l’aéroport mais tout l’avion (un petit avion de 50 personnes) m’attendait, bref je ne suis pas le gars le plus populaire du monde a ce moment la.

Petit vol sans histoires, je m’offre des pringles (made in Belgium) et une sieste. Arrivée à Malakal, troisieme ville du pays avec le plus bel aéroport du pays. Des hélicoptères et avion UN partout, on discute on discute et je me rends compte que je dois prendre un petit avion qui m’emmènera prés de Jamam. J’embarque donc dans un Cessna avec 10 places + deux pilotes. Nous sommes 6 passagers et les règles de sécu se font par le pilote qui hurle pour se faire entendre. Le vol doit durer une heure et je suis super content de prendre un petit avion. On est secoue dans tous les sens, c’est comme une 2CV volante et donc chouette. Par contre, a l’arrivée a Bunj (autre camp prés de Jamam avec piste d’atterrissage en terre) on découvre un hélico des casques bleus en plein sur la piste. On fait quelques tours en l’air, les pilotes discutent par radio mais rien n’y fait, ils ne veulent pas bouger, donc direction Malakal, retour pendant une heure. Ce vol n’a servi à rien mais m’a permis de voir la région depuis le ciel. C’est très joli, avec une alternance de terre noire, argile qui n’absorbe pas l’eau et qui fait que tout est inonde, et de sable jaune. Je m’imagine Yann Arthus Bertrand prenant ses photos de la Terre vue du ciel.

Donc retour a Malakal puis départ en voiture pour Jamam. Trois heures de route pleines de bosses mais j’arrive à dormir. Quelques kilomètres sont en macadam, la ou les camions pour la compagnie pétrolière doivent passer. On voit des pompes qui extraient du pétrole, tout est nickel, un peu surréaliste vu l’environnement. Puis l’arrivée a Jamam…

Les tentes UNHCR qu’on voit a la télé,  des gens partout qui me regardent dans mon 4×4, notre compound, les autres ONG…

Quatre ONG sont présentes a Jamam: ACTED, Oxfam (eau et latrines), INTERSOS (écoles) et MSF Belgique (médical, sans blague). L’UNHCR est également la mais leur équipe est malheureusement trop limitée. En gros toutes les ONG subissent un peu la situation à part MSF qui est une machine de guerre. Comme partout ce sont les mieux organises et ceux qui ont beaucoup de moyens.

Je dors dans un Tukul, sorte de case traditionnelle. Les gens dormaient sous tente jusqu’a la vieille de mon arrivée. ACTED a décide de construire traditionnel et local et c’est très réussi. Nous sommes deux par Tukul, et je ne manque de rien. Le samedi soir de mon arrivée, petite virée chez Oxfam en face, un bon début. Des le lendemain, je vais visiter le camp pour pouvoir me repérer de façon basique. On prend quelques coordonnées GPS pour construire une carte du camp et des villages. Tous les refugies (+-35000) sont des Ingasanas. Ils viennent du Blue Nile, état situe au Soudan qui souhaite devenir indépendant. Du coup, pour appuyer leurs arguments ils se battent contre Khartoum. Avant l’indépendance du Sud-Soudan ils combattaient aux cotes de la SPLA (ils se font d’ailleurs appeler SPLA-Nord) suivant la logique « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Depuis l’indépendance, Juba les soutiens officieusement pour plomber l’ambiance au Soudan (idem dans l’autre sens) avec des milices soutenues par Khartoum. Beaucoup de combattants sont dans le camp et viennent ici en vacances pour voir leur famille. La SPLA-N recrute d’ailleurs dans le camp, ce qui est un problème parce que certains recrutements sont forces. Ne vous imaginez pas des déchirements comme on voit dans les films avec des enfants arraches a leur mère, il s’agit surtout d’anciens combattants qui ne veulent plus repartir mais qui sont quelque peu force d’y retourner.

Les Ingasanas sont organises de façon assez traditionnelle, avec un Nazir (roi) a leur tète, une dizaine de Umdas (gouverneurs) en dessous puis un Sheikh (bourgmestre) a la tète de chaque village. Je n’ai pas compris sur quoi se basait la sélection, en tout cas pas toujours sur l’intelligence ou l’efficacité. Heureusement le Nazir et les Umdas sont en général très biens. Le camp compte environ 65 villages repartis en sous tribus (Soda-Nord, Soda-Sud, Magaja,…).

Mon job depuis quelques jours est de répertorier toutes les tentes déjà distribuées et montées. Ca n’a pas été fait lors de la distribution, donc on le fait maintenant. Le but est de numéroter chaque tente pour savoir qui habite ou dans le camp. Ce n’est pas hyper challenging d’un point de vue intellectuel, même pas du tout mais d’ici quelques jours ca devrait être fini, enfin on espère. C’est par contre très intéressant d’un point de vue humain. Je dois gérer ou faire semblant de gérer 20-25 personnes et je me balade toute la journée dans le camp. Les gens sont très sympas mais mon arabe étant ce qu’il est, les contacts sont assez limites. J’essaye d’apprendre l’arabe mais comme je n’arrive pas à lire les caractères, ce n’est pas évident.

Depuis trois jours, on a appris que plus de 20000 refugies ont franchi la frontière et se dirigent vers Jamam. Le problème est qu’on arrive à peine à gérer les 35000 personnes qui sont déjà la donc on ne sait pas très bien comment ca va se passer. On devrait les relocaliser dans un autre camp. De plus, il y a un grand problème d’eau pour le moment à Jamam. On n’a pas du tout assez d’eau pour couvrir tous les besoins des gens et la situation ne va pas s’améliorer avec les nouveaux arrivants. Ce manque d’eau combine a un manque de latrines (Oxfam en construit mais ca prend du temps) et d’autres raisons que j’ai oublie fait qu’il y actuellement prés de 80% de chance qu’une épidémie de cholera commence. Comme il faut beaucoup d’eau pour traiter le cholera et qu’on n’en a pas, tout le monde panique un peu des conséquences d’une telle épidémie. Les plus alarmistes parlent de pleins de gens qui vont mourir. Je dois avouer que je ne me rends pas vraiment compte de ce risque ni des éventuels décès que ca pourrait amener. Je n’ai pour le moment aucun recul ni expérience par rapport a une telle situation. On espère évidemment tous que ca n’arrivera pas mais on ne contrôle malheureusement pas tout, loin de la.

Je vais en rester la pour le moment, j’ai encore énormément d’autres choses à raconter mais ca sera pour plus tard, il est 22h et je vais enfin pouvoir aller dormir avant 23h depuis des semaines.

Bonne soirée ou journée, que tout aille bien de votre cote.

SI vous voulez plus d’infos sur Jamam, vous pouvez aller voir le site web d’ACTED (www.ACTED.org) ou des autres ONG presentes pour une autre vision.

Alive

Mais pourquoi Adam et Eve ont gouté au fruit défendu? Grace à eux, je fais des journées de 14-15 h depuis trois semaines. J’ai un nouvel ordinateur avec un clavier qwerty. Du coup, les accents sont caches et j’ai du mal à écrire sans fautes (excuse facile).

Ce weekend, nous avons déménage de Guest-House. Notre nouvelle Guest-House est magnifique, immense, avec un grand jardin et une terrasse, chose assez exceptionnelle pour Juba. J’ai enfin une chambre fermée ou je goute au luxe d’une vie privée et d’un peu d’intimité. J’ai aussi un nouvel ami, un lézard qui ne voulait pas sortir de mon lit des la première nuit. Je trouvais que ca allait un peu vite, je venais de le rencontrer et donc je lai chasse de ma chambre. Ces deux semaines furent à nouveau riches en émotions. Nous avons organise une fête devant le bureau, j’ai appris que j’allais dans un camp de refugies, j’ai eu mon premier jour de congé et deux personnes ont démissionnés en une matinée.

Le déménagement de guesthouse fut assez mémorable. Arrive 1h30 en retard des déménageurs, le générateur ne redémarre pas dans la nouvelle guesthouse et les déménageurs ne voulaient pas repartir les armoires dans le chambres. Apres de longues négociations, on a réussi à les convaincre de sortir nos matelas et armoires de la boue et les rentrer dans la maison. Mais tout est bien qui fini bien, j’ai enfin une chambre fermée avec une vie privée, luxe qui est assez chouette mine de rien. Apres la scène de ménage avec Arthur le lézard, une nuit parfaite m’attendait.

Au bureau, tout comme d’habitude, beaucoup de boulot mais très intéressant. Je charge des camions de diesel, générateurs, nourriture et autre provisions à envoyer au nord. J’irai d’ailleurs probablement quelque semaines dans le camp de refugies a Jamam d’ici fin juin. Je me réjouis d’y aller, je crois que ca va être hyper intéressant, je vous tiendrai au courant quand ca se fait. Ce me permettra de voir a quoi sert mon boulot. Donc on envoi plein de chouettes cadeaux pour eux et n’est il pas que deux de nos camions sont perdus depuis de midi (mardi 8/5). C’est assez triste parce qu’en plus de tout l’argent perdu, ils risquent de ne pas recevoir le matériel avant la saison des pluies et ca ce n’est pas chouette.

On envoi également du matériel audio pour les community centers. Avant de les envoyer, on a du les tester. Le fournisseur a installe tout devant le bureau et mis le son a fond pour nous impressionner. Du coup, tous les voisins sont sortis de leurs compounds et ont commence à danser dans la rue, c’était super drôle.

Puis, dimanche passe, miracle, j’ai eu une journée de congé. Je crois que les chefs ont vu qu’on ressemblait plus a rien et que même eux étaient crève et du coup, paf, matinée off que j’ai prolongée en journée off. Sachant ca, j’ai été a une soirée reggae ougandaise la vieille ou a s’est trémousse le popotin sur des airs de musique africaine toute la soirée. On a même eu droit à l’apparition d’un Louis XIV local en costume rouge sang suivi de 20-30 personnes. Un drôle de personnage qui rythmait la soirée de ces allées et venues. Etant les seuls muzungus (homme blanc en Swahili) de la soirée, on s’est vite fait remarque. Surtout que bien qu’on avait été à un cours de salsa le jeudi avant, notre pas de bourre n’était pas terrible compare au leur. Apres s’être fait des amis pour la vie, on a été boire un dernier verre dans le bar en face de la guesthouse.

Le lendemain, panique, je me lève à 11h et je ne sais pas quoi faire. Apres quelques minutes de réflexion, je me dits que commencer par une douche et un Dafalgan ne serait pas si mal, idée qui s’est avéré judicieuse par la suite. J’ai ensuite rejoins mes collègues dans un super resto le long du Nil tout prés de notre guesthouse pour un petit déjeuner champignons a l’indienne, un régal. Puis nous avons été manger une glace super bonne. Rien que le sentiment de froid dans la bouche était un régal. Ensuite, j’ai lu un chouette livre (What is the What, bedankt Marc) tranquillement le long du Nil jusqu’au soir. Mais même les meilleurs choses ayant une fin, cette journée se termina avec un bon cheeseburger toujours le long du fleuve.

Reparti pour une semaine de malade, on charge des camions, on gère tout qui foire mais on s’amuse. Puis, mercredi soir, j’apprends que je pars samedi matin pour deux-trois semaines a Jamam, camp de refugie au nord du pays près de l’Ethiopie ou ACTED est présent. Je suis super content d’aller passer deux semaines la bas, je verrai enfin concrètement ce que ACTED fait sur le terrain et pourquoi je travaille. Par contre, le confort de vie sera moindre, on dort sous tente, rien n’est étanche, il faisait 40 degrés hier et la saison des pluies arrive. Apparemment la saison des pluies transforme le camp en une énorme piscine. En plus, super, il n’y a pas assez d’eau potable. Je me demande toujours pourquoi l’UNHCR a décide de placer 37000 personnes la. Enfin, je verrai bien sur place comment ca se passe, je vous tiendrai au courant, il y a internet dans le camp.

Donc bilan d’un mois au Sud-Soudan:

J’arrive pour sauver le monde, trois jours après mon arrivée, le Soudan décide de bombarder le Sud-Soudan et les deux pays ont failli commencer une guerre.

Je pensais me la couler douce le long du Nil, j’ai du attendre une semaine avant de le voir.

A peine installe à Juba, je pars pour deux-trois semaines à Jamam, voire plus.

On a retrouvé nos camions jeudi matin.

Mais surtout: je suis tres content.

Imagine

Deuxième semaine à Juba, toujours plus d’aventures. La semaine a commencé comme elle avait terminé, avec un pont au nord de Bentiu en très bon état. Les deux soudans ont continués à se disputer puis jeudi Omar el Bashir (président du Soudan ndlr.) à plus au moins déclaré la guerre au Sud-Soudan. Il a dit qu’il allait libérer le Sud-Soudan des insectes de la SPLA qui le gouvernent. Apparemment, insecte et SPLA sont très proches en arabe et il a donc utilisé un jeu de mot pour déclarer officieusement la guerre à son voisin. Heureusement, Salva Kiir, président du Sud-Soudan a déclaré samedi que la SPLA (armée sud-soudanaise) allait ce retirer de Heglig, ville dans une zone riche en pétrole du Soudan. Il semble en fait que la SPLA était en train de se faire expulser de Heglig, en gros ils perdent et donc pour garder la face et faire semblant d’apaiser les tensions en faisant preuve de bonne volonté Salva a déclaré que la SPLA avait décidé de quitter Heglig. Comme vous pouvez le constater, les présidents des deux Soudans sont de fins diplomates. Voila pour la partie stratégo.

Sinon ma semaine s’est bien passée, je travaille toujours comme un stakhanoviste. Une journée habituelle commence vers 07h30 quand je me réveille dans une piscine (mon lit), puis douche quand il y a de l’eau (souvent heureusement) et départ pour le boulot vers 08h20. Boulot de 08h30 à 22h environ (environ veut dire que c’est plus souvent plus tard que plus tôt), puis retour vers guesthouse et dodo. Je n’ai donc pas encore eu beaucoup l’occasion de visiter. Mais samedi passée (14/04), ma chef a eu la merveilleuse idée de nous inviter à boire un verre sur une terrasse le long du Nil. C’était très chouette et très joli. Assez impressionnant de voir l’autoroute/décharge qu’est le Nil, il ne fait pas loin de 100 mètre de large déjà à Juba.

Côté météo les pluies ont commencées. Il pleut environ tous les jours, parfois dix minutes, parfois 6 heures. Les pluies sont surtout des grosses draches et font donc pas mal de dégâts. Jeudi, j’ai vu 10 maisons inondées en venant au boulot, avec tout le peu que les gens possédaient (y compris leurs murs en tôle) qui flottait. En plus de ça, des nouvelles rivières et ruisseaux sont apparus suites à ces pluies.

Depuis jeudi soir je travaille encore plus parce qu’on doit envoyer trois semi-remorques avant demain dimanche soir vers le nord, à Jammam dans un camp de réfugiés de 37000 personnes construit et géré par ACTED. Après les routes seront impraticables pendant six mois à cause des pluies. On doit donc acheter 120000 litres de diesel, 500 sacs de ciment, des générateurs, de l’huile moteur, des batteries, des câbles, des tôles, des pièces de rechanges pour tracteur, générateur, voiture, moto,… En gros tout ce qu’ils pourraient avoir besoin d’ici novembre. On va aussi leur envoyer quelques boites de tons pour qu’ils ne meurent pas de faim (si si). Du coup on doit tout acheter et ça prend du temps, et donc ça m’occupe du matin au soir.

Je reprends cet article lundi soir, les camions ne sont toujours pas partis. Hier (dimanche) j’ai supervisé le chargement de 20 tonnes de ciment. J’en ai mangé pendant une heure, ce n’était pas très bon. Après renseignement, il semble que c’est assez toxique en plus, du coup je ne crois plus que je me proposerai la prochaine fois. Un des ouvriers qui portaient les sacs devait se moucher. Tous ses collègues se mouchaient comme des footballeurs, mais lui a eu la bonne idée de se moucher dans sa casquette et de la remettre comme si de rien n’était. Ensuite, on a reçu les 20000 litres de diesel (le reste se fera plus tard dans la semaine avec un autre convoi) qu’on avait commandé et qu’on a du transvaser dans des barils de 250 litres avec une pompe super lente. Au moment où je vous écris ceci, mon ami Basile la souris passe à côté de moi. Il (je crois que c’est un mec parce qu’il court super vite) est apparu dans le bureau il y a cinq jours et depuis je le voie tous les soirs. Il n’est pas très causant mais a l’air sympa. Après avoir livré le pétrole, j’ai pu préparer les contrats pour tous ces achats. Puis j’ai pu aller dormir à 22h, la première fois que je vais dormir si tôt et c’était très chouette.

Samedi soir j’ai été à une petite fête d’expats au CICR (Comité International de la Croix Rouge). Ce sont de loin les mieux lotis, ils ont un super beau compound, énorme, les plus grosses 4×4, les plus gros générateurs, un terrain de volley, etc. On dirait un peu un club med, c’est assez bizarre. Ils ont un petit bar dans leur domaine qui s’appelle la terrasse d’Henri Dunant. J’ai donc été siroter quelques Carlsberg en discutant sauvetage du monde avec d’autres expats d’autres ONG, une expérience assez particulière mais c’est chouette de se changer les idées. La journée j’ai également rencontré un autre belge qui travaille pour ACTED, basé à WAU, une ville au Nord-Ouest. Il est super sympa, je vais essayer de devenir son ami.

Et ce lundi on a continué à charger nos trois camions. On a dépensé pas loin de 200 000 dollars ces trois derniers jours en provisions diverses pour nos collègues au nord. Un exemple: 252 chaises en plastique, je ne sais d’ailleurs toujours pas pourquoi, le ciment et le fuel, de la nourriture hors de prix (un pot de 200g de Nescafé coûte très exactement 60 SSP, ce qui fait environ 20 US$, 1kg de sucre 3 US$). Tout est importé et donc hors de prix, mais même les produits locaux ne sont pas donnés.

Et enfin je termine comme j’ai commencé. Malheureusement les combats n’ont pas terminé. La SPLA s’est retirée de Heglig mais l’armée Soudanais (SAF) continue son avancée et est rentrée sur le territoire Sud-Soudanais. Le problème est que comme la frontière n’est pas clairement démarquée, les deux Soudans ne sont prétendent chaque fois qu’ils sont chez eux et vice versa, où qu’ils soient autour de la frontière. La ville de Bentiu s’est de nouveau fait bombarder aujourd’hui. On vient d’y envoyer deux collègues, un hier et un aujourd’hui. Rassurez-vous, ce n’est pas prévu que j’y aille de sitôt. Tout le monde a peur que si la SAF rentre dans le Sud-Soudan, ça risque de dégénérer et les civils vont se prendre plein les dents, comme d’habitude en fait. En gros tant qu’ils n’arrivent pas à détruire le pont les bombardements risquent de continuer.

Il est 23h12, ma pizza offerte par le patron devrait arriver d’une minute à l’autre. Bonne soirée et journée…

 

Overwerk

Après avoir travaillé jusque vendredi, j’ai pris le train samedi matin pour Paris. De la, avion pour le Caire où je suis arrivé samedi soir. Mon hôtel était juste à côté de l’aéroport, très bel hôtel assez chic avec des businessmen. J’ai eu la chance de voir à un mariage local dans l’hôtel. Le père de la marié à « donné » sa fille au marié devant mes yeux puis les deux castards ont lancé la première danse. Ils étaient un peu tendu, on aurait dit qu’elle avait un lumbago et lui une hernie discale mais heureusement les amis sont arrivés et tout est devenu plus naturel. Ce qui m’a frappé au Caire est l’énorme pollution de l’air. On voit vraiment un tapis d’air brun en regardant au loin puis le ciel bleu au dessus, bien joué les humains.

Lendemain matin, vol pour Juba, capitale temporaire du Sud-Soudan. L’avion a longé le Nil sur tout le trajet, et j’ai donc eu ma petite croisière le long du Nil en accéléré. Atterrissage à Juba vers 15h, vu du ciel on dirait un village. Première impression sur le tarmac: il y a plein d’hélicoptères, d’avions de camions et de voitures avec deux lettres: UN. Je croise un casque bleu à l’aéroport, puis commence la procédure de visas. Il fait l’acheter (100$) pour un mois, puis si on reste plus d’un mois il suffit d’en acheter un autre en partant. Suis le passage à la douane pour mes bagages puis j’attends mon collègue qui vient me chercher en ayant droit à la première pluie de la saison. Une belle drache qui ne dure que quelques minutes. De la, direction le bureau pour mes premières heures de boulot, je n’arriverai à ma guest house qu’à 22h. Celle-ci est en fait notre ancien bureau, guest house temporaire parce qu’on est trop pour tous dormir dans la vrai guest-house, réservée aux filles, sexisme oblige. Je scie un bout de mon sommier parce qu’il est trop large pour mon lit, puis petit resto éthiopien en face avec mes collègues et dodo. Je n’ai pas beaucoup d’intimité, la porte vitrée n’ayant pas de vitre et les gardes papotant juste à côté de ma fenêtre durant la nuit. On coupe le générateur à 23h, donc plus de ventilateur pour dormir parce que les voisins ont jeté des pierres sur la maison la veille et menacé de bruler notre générateur si on ne le coupe pas à 23h. Ils n’arrivent pas à dormir, je peux comprendre leur furie.

Le matin, je me réveille dans une piscine, état qui se vérifiera chaque matin. Puis, le plus beau moment de la journée, la douche. Pendant tout mon temps sous la douche plus les cinq minutes qui suivent, je ne colle pas, ça me 7-8 bonnes minutes sans coller par 24h. L’eau vient du Nil (transporté dans des réservoirs, il n’y a pas de canalisations), et le Nil étant à la fois l’autoroute, la piscine et la décharge locale, je me lave avec du jus de décharge. L’eau n’est pas très sale mais ne sent pas toujours bon, surtout si on est à la fin du réservoir. Je n’ai pas toujours l’impression que mes dents sont plus propres après les avoir lavées mais on s’y fait.

Le lendemain, je découvre mon bureau, l’ancienne ambassade du Kenya. Un beau bâtiment mais pas de route pour y arriver. Je suis un peu submergé par toutes les infos mais le boulot s’annonce intéressant et intense. Le soir, retour vers 21h, le retour le plus tôt de la semaine.

Je vous expliquerai précisément en quoi consiste mon boulot plus tard, je n’ai pas envie de le faire maintenant.

J’apprends à connaitre mes collègues, ils sont chouettes et très chouettes. Une nouvelle patronne pour le pays arrive mercredi, elle est très sympa et humaine, ça tombe bien pcq on manque cruellement de bon managers.

Puis, mercredi, le Soudan a décidé de bombarder le Sud-Soudan. Plusieurs petites attaques ont eu lieu ces dernières semaines, mais là c’est la première fois que le Soudan bombarde près d’une ville (Bentiu). ACTED a quelques personnes stationnées la bas, donc on s’inquiète un peu mais finalement tout va bien, ils ont bombardé à 30km au nord de la ville.

Les bombardements se font avec deux types d’avion: des migs (avion de chasse russes) et des Antonov (vieux bombardiers russes des années 50). Apparemment, les pilotes sont mexicains. Toujours est-il que les migs volent relativement bas et que l’armée Sud-Soudanaise (SPLA, Sudanese People’s Liberation Army) a des missiles anti-aériens qui peuvent abattre ces avions, ils en ont d’ailleurs abattu un la semaine dernière. Par contre les vieux Antonov volent bcp plus haut et ne peuvent être atteint. Comme ils sont vieux, les bombes sont larguées à la main, donc ils ouvrent la porte/sas puis les soldats portent les bombes et les jettent dans le vide (véridique). Du coup ce n’est pas très précis. Cela fait maintenant 4 jours qu’ils essayent de détruire un pont mais aux dernières nouvelles le pont se porte à merveille.

Jeudi, la SPLA a attaqué Heglig, une ville au Soudan dans une zone qui produit la majeure partie du pétrole soudanais. Ils occupent toujours la ville depuis (en tout selon les infos que j’ai maintenant, dimanche soir 20h54). Mais la SAF (Sudanese Armed Forces) réplique et des combats ont lieu autour d’Heglig. Jeudi, j’ai vu une manifestation de joie dans les rues de Juba pour fêter la « victoire » à Heglig. Par après, j’ai appris que c’était organisé par le gouvernement, pas mal la propagande! Le gouvernement (Nord-) Soudanais a ordonné une mobilisation générale pour répliquer à l’attaque.

Et depuis, il y a eu des bombardements presque tous les jours, 6 morts au total, et surtout aux dernières nouvelles nous allons rapatrier notre personnel de Bentiu vers Juba. Ici a Juba tout va bien, on ne remarque presque rien des combats, il y a toujours plein d’expats et la vie continue. Par contre il n’y a plus assez d’essence et diesel dans le pays dans il y a des énormes files aux pompes à essence. Et comme la production de pétrole est arrêtée (98% des revenus du pays), il n’y a plus de devises étrangères qui rentrent donc le cours au marché noir du dollar augmente assez vite. Le taux officiel est de 2,5 SSP (South-Sudanese Pounds) pour 1 dollar, j’ai pu changer des dollars à 4 contre 1 mardi et samedi ils étaient déjà à 4,5. Le prix du diesel explose aussi, à Malakal dans le nord il tourne autour de 3-4 dollars le litre. Hier soir, j’ai été boire un verre dans un bar d’expats, une sacré expérience. C’est une autre histoire et je vous en parlerai peut être une autre fois. Ce matin j’ai pris un petit déjeuner dans un resto kényan: poulet rôti, riz et sauce super bonne avec entre autre du haché, parfait pour un dimanche matin.

Donc voila, je pourrais encore écrire des heures mais je vais retravailler un peu puis rentrer dormir. En résumé tout va très bien, je m’amuse beaucoup, je rencontre plein de gens chouettes, j’apprends énormément de choses et je suis assez dépaysé, ce que je voulais.

Merci beaucoup pour vos mails, n’hésitez pas à m’en envoyer même si je n’ai pas souvent le temps de répondre pour le moment. Je devrais avoir plus de temps d’ici 3-4 semaines.

Le début

Bonjour à tous,

Je ne pensais pas commencer un blog un jour mais je ne m’attendais pas non plus à passer six mois à Juba. Comme quoi tout arrive… J’essayerai de poster régulièrement des histoires. Pour ceux qui ne sont pas au courant, je passe les six prochains mois d’avril à octobre 2012, à Juba, capitale temporaire du Sud-Soudan au service d’une ONG française, ACTED. Je ne m’engage pas à être 100% objectif, disons que ce sera un blog relatant de manière semi-fictionnelle ma vie ici. Un exemple, si j’écris:

Ce weekend, Cédric à joué au foot avec des amis. Grâce à un goal en deuxième mi-temps qui fut le tournant du match, son équipe à pu s’envoler vers une victoire écrasante dont on parle dans tous les cafés de la ville.

La réalité sera plutôt:

J’ai joué au foot avec des gens que je ne connaissais pas et qui ne voulaient pas me parler. Nous avons gagné 27-0. J’ai marqué le 26ième goal sur un malentendu après avoir intercepté une passe qui ne m’était pas destinée. Je ne suis plus invité pour le prochain match.

Pour que ça soit plus agréable à lire pour vous et à écrire pour moi, je me permettrai peut être parfois de romancer quelque peu mes activités.

Pour me contacter, envoyez-moi un mail (ccassiers@hotmail.com) ou par téléphone. Vous pouvez m’envoyer des messages sur mon numéro Belge (0495 03 13 10), je le reçois mais je ne répondrai pas. Sinon j’ai également un numéro sud-soudanais sur lequel vous pouvez m’appeler ou envoyer des messages: +211 956008111

Bonne journée,

Cédric

J’organise également un jeu de piste de fautes. Je glisserai ça et là de façon totalement intentionnelle des fautes dans mes histoires. Celui qui en retrouve le plus gagne un bac de Triple Karmeliet à partager avec moi à mon retour!